En annonçant, hier 27 Août 2026, l’ouverture du dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, le Président Félix Tshisekedi a envoyé un double message en s’adressant à la nation congolaise. Il ouvre largement le débat sur l’avenir du pays, sans transformer le dialogue en une récompense politique pour ceux qui ont choisi les armes.

Le Chef de l’État propose un processus qui se veut différent des précédentes concertations nationales. Cette fois, l’ambition affichée est de partir des provinces, des territoires et des communautés avant d’aboutir aux assises nationales à Kinshasa.
Les consultations devraient concerner les 25 provinces plus la ville de Kinshasa et associer aussi bien les acteurs politiques que la société civile. Dans son adresse, il faut comprendre, qu’il ne met de côté personne : les autorités coutumières, les confessions religieuses, les milieux professionnels et d’autres composantes sociales sont invités à cette table.
Une ouverture, mais sous conditions
Derrière cette volonté d’inclusivité, le Président a clairement défini les limites du processus. Pour Félix Tshisekedi, le dialogue national ne devra pas devenir une nouvelle table de négociation avec les groupes armés.
Le processus de Doha demeure, selon la position exprimée par le Chef de l’État, le cadre destiné aux questions directement liées au conflit avec l’AFC/M23, notamment la cessation des hostilités, le désengagement et le désarmement.
Autrement dit, le Gouvernement de Kinshasa semble vouloir séparer deux dossiers, le dialogue politique et social entre Congolais d’un côté, et le traitement du conflit armé de l’autre.
Le message politique du discours
On peut tout dire mais, il en ressort clairement que Félix Tshisekedi semble vouloir éviter que le dialogue national soit interprété comme une négociation générale où chaque acteur armé pourrait revendiquer une place à la table au nom de l’inclusivité. Le message est donc clair : l’inclusivité ne signifie pas que la violence devient un moyen d’accès à la reconnaissance politique.
Cette position intervient dans un contexte où la question du dialogue national suscite de nombreuses attentes, mais également des interrogations sur la participation des différentes forces politiques et armées. Le Président maintient néanmoins une possibilité de réintégration individuelle pour ceux qui renonceraient de manière sincère et vérifiable à la lutte armée, dans le cadre des mécanismes de désarmement, de démobilisation, de réintégration et de réconciliation.
Le pari de Tshisekedi : un dialogue sans négociation avec les armes
Le véritable enjeu politique est donc celui-ci : Comment organiser un dialogue présenté comme national et inclusif tout en excluant la logique selon laquelle les armes peuvent ouvrir le droit à une place politique ?
C’est le pari que vient de lancer Félix Tshisekedi. D’un côté, il appelle les Congolais à examiner les causes profondes des crises : insécurité, tensions communautaires, conflits fonciers, faiblesses administratives et autres fractures nationales. De l’autre, il refuse que ce processus serve à légitimer les mouvements qui combattent l’État par la violence.
Là encore, une deuxième question profonde semble être légitime : Comment organiser un dialogue national et inclusif sur les causes profondes des crises sécuritaires, par exemple, en fermant la porte aux acteurs de cette dernière ?
Une architecture à deux vitesses
Le discours présidentiel dessine ainsi une sorte d’architecture politique à deux niveaux :
- Le Dialogue national, destiné à traiter les fractures internes et la refondation de l’État ;
- Les processus diplomatiques et sécuritaires, notamment Doha, destinés à traiter directement la question du conflit armé.
Cette distinction constitue probablement la clé de lecture la plus importante du discours, car Félix Tshisekedi ne présente pas le dialogue comme une solution unique à toutes les crises. Il cherche plutôt à compartimenter les réponses : la politique et la cohésion nationale à l’intérieur, la négociation sécuritaire dans les cadres déjà établis.
L’annonce présidentielle ouvre désormais une nouvelle phase, celle de la mise en œuvre. La question ne sera plus seulement de savoir qui sera invité, mais surtout comment sera organisé le processus et quelles conclusions en sortiront.
Un comité d’organisation devrait notamment préparer les étapes administratives et logistiques du dialogue avant la convocation formelle des assises. Il ne nous reste que de croiser les bras en suivant de très près cette affaire car, c’est le début d’une longue série d’actions et des réactions.Jérôme Lumumba