Kwango : Après avoir dénoncé des dysfonctionnements de l’Exécutif, le Ministre provincial de la Santé a été révoqué

La crise couvait depuis plusieurs jours au sein de l’Exécutif provincial du Kwango. Elle a finalement éclaté au grand jour avec la révocation d’Apollinaire Yumba Tiabakwau, ministre provincial de la Santé publique, Hygiène, Affaires sociales, Jeunesse, Sports, Culture et Arts. La décision du gouverneur intervient quelques heures seulement après la diffusion d’une correspondance dans laquelle le ministre sortant dénonçait plusieurs dysfonctionnements dans la gestion de la province.

Le gouverneur du Kwango a mis fin aux fonctions d’Apollinaire Yumba Tiabakwau. La décision, annoncée vendredi 07 Août dans la soirée par les médias locaux, intervient après une correspondance adressée par le ministre à l’autorité provinciale, dans laquelle il formule plusieurs griefs concernant le fonctionnement de l’Exécutif provincial et la gestion de certaines ressources publiques.

Le contenu de la correspondance

Dans cette correspondance, le ministre affirme notamment avoir rencontré des difficultés dans l’exercice de ses fonctions, évoquant l’insuffisance des moyens mis à la disposition de son cabinet. Il indique notamment n’avoir reçu qu’un montant de 1 000 000 de francs congolais en octobre 2024 au titre du fonctionnement de son cabinet.

Apollinaire Yumba dénonce également des décisions prises, selon lui, sans consultation préalable des ministres sectoriels concernés. Il cite notamment certaines affectations d’agents et de cadres du secteur de la santé et du Fonds pour la promotion de la santé du Kwango, ainsi que la mise en place du Comité provincial de l’approche « Une seule santé ».

La gestion des ressources du Fonds pour la promotion de la santé du Kwango figure également parmi les préoccupations soulevées par le ministre sortant.

Selon lui, certaines ressources de ce service public auraient été affectées à des fins différentes de celles pour lesquelles elles étaient destinées. Des accusations qui, à ce stade, relèvent des déclarations du ministre et nécessiteraient, le cas échéant, des vérifications ou un audit des autorités compétentes.

Le ministre évoque par ailleurs l’absence de rémunération régulière des membres du gouvernement provincial sur les recettes locales, l’irrégularité des réunions du Conseil des ministres ainsi que l’absence de mécanismes de concertation avant certaines décisions engageant l’Exécutif provincial.

Il demande notamment qu’un audit soit réalisé afin d’établir la traçabilité de certaines recettes provinciales et de vérifier les conditions dans lesquelles elles auraient été gérées.

Dans son document, Apollinaire Yumba fait également état de difficultés dans la gestion du secteur de la santé. Il dénonce notamment des interférences dans la conduite de certains programmes ainsi que des mutations et permutations opérées dans des structures sanitaires sans concertation préalable avec les services techniques compétents.

La correspondance fait également état de faits présumés plus graves, notamment le détournement allégué de matériel de sécurité transfusionnelle destiné à l’Hôpital général de référence de Tembo et de kits scolaires destinés à des centres de santé de Kenge dans le cadre du projet STEP.

Ces éléments constituent des allégations formulées par le ministre sortant et ne sauraient, en l’absence de conclusions d’une enquête ou d’un audit officiel, être considérés comme des faits définitivement établis.

La réaction de l’autorité provinciale a été rapide

Quelques heures après la circulation de la correspondance du Ministre, l’arrêté portant révocation d’Apollinaire Yumba Tiabakwau a été lu aux environs de 23 heures dans les médias locaux.

Dans cet acte, le gouverneur reproche notamment au ministre sortant le non-respect des institutions provinciales et de l’autorité du gouverneur, ainsi que l’emploi de propos considérés comme irrespectueux et offensants.

L’autorité provinciale évoque également un manquement aux obligations de courtoisie, de réserve et de discipline auxquelles serait soumis tout membre du gouvernement provincial.

La révocation est ainsi présentée par le gouverneur comme une mesure visant à préserver la discipline au sein de l’Exécutif provincial ainsi que la sérénité dans le fonctionnement des institutions.

Au-delà du bras de fer entre les deux responsables, cette affaire soulève désormais des interrogations sur le fonctionnement de l’Exécutif provincial du Kwango, la circulation de l’information au sein du gouvernement provincial et les mécanismes de contrôle de la gestion des ressources publiques.

La question centrale reste désormais celle de la vérification des accusations formulées par le ministre sortant. Si elles sont suffisamment documentées, un audit ou une enquête des organes compétents pourrait permettre d’établir les responsabilités éventuelles.

En revanche, si elles ne sont pas étayées, elles resteront au stade d’accusations politiques formulées dans un contexte de rupture entre un membre du gouvernement provincial et son gouverneur.

Pour l’heure, une chose est certaine : la révocation d’Apollinaire Yumba ne clôt pas nécessairement le débat. Elle pourrait au contraire ouvrir une nouvelle séquence sur la gouvernance, la transparence et la responsabilité au sein des institutions provinciales du Kwango.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *