Le Mandombe : Et si la RDC avait déjà son écriture depuis 1978 ?

En 1978, à Mbanza-Ngungu, dans l’actuelle province du Kongo Central, un Congolais met au point une invention peu ordinaire. David Wabeladio Payi crée le Mandombe, une écriture africaine originale qui reste, près de cinquante ans plus tard, largement méconnue du grand public congolais.

À l’époque, son invention est loin de susciter l’enthousiasme. Certains le prennent pour un fou. Loin de renoncer, Wabeladio Payi poursuit ses recherches et perfectionne son système pendant plusieurs années.

Le Mandombe possède son propre alphabet. Il repose sur des formes géométriques inspirées des chiffres 5 et 2, combinées selon différentes orientations. L’écriture a été pensée pour transcrire les langues africaines, notamment le kikongo et le lingala, et a fait l’objet de travaux d’adaptation à d’autres langues congolaises.

Son histoire est étroitement liée à l’Église kimbanguiste, au sein de laquelle le Mandombe est enseigné dans certaines écoles et utilisé dans divers supports. Cette proximité explique en partie pourquoi cette écriture reste davantage connue dans les milieux kimbanguistes que dans l’ensemble de la société congolaise.

Pourtant, l’ambition de Wabeladio Payi dépassait le cadre religieux. À travers cette invention, il entendait montrer que les langues africaines pouvaient disposer d’un système d’écriture conçu sur le continent et adapté à leurs réalités.

Le Mandombe a également fait l’objet de démarches auprès du consortium Unicode, l’organisme qui standardise la représentation informatique des systèmes d’écriture. Plusieurs propositions d’encodage ont été soumises, mais il n’est toujours pas officiellement intégré au standard.

Cette situation contraste avec l’existence, sur le continent, de plusieurs systèmes d’écriture développés au fil de l’histoire. L’Égypte ancienne a laissé les hiéroglyphes, tandis qu’au Cameroun, le roi Ibrahim Njoya a développé l’écriture bamoun. La République démocratique du Congo possède elle aussi sa propre expérience : le Mandombe.

David Wabeladio Payi, né en 1957 à Ngongo Lutete, en RDC alors Congo Belge, s’est éteint le 4 avril 2013 en Turquie, à l’âge de 56 ans. Près de cinq décennies après son invention, son œuvre continue d’exister, portée par la communauté qui l’a transmise.

Le paradoxe demeure, un Congolais a consacré une partie de sa vie à créer une écriture, et une grande partie de ses compatriotes ignorent encore son existence.

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